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le journal qui s'affiche sur les murs... de ton ordinateur ! |
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Moustiques
Par Gustavo Depuis mon arrivée sur Lyon, j'ai le sommeil plutôt facile. Malgré les cris de veau de quelques jeunes remplis de bière comme une barrique (ou plusieurs), je m'endors comme un bébé, ma bouche à peine entrouverte laissant voir mes adorables petites quenottes. Il faut dire, j'ai un rituel, et chacune de ses étapes doit être suivie minutieusement : je regarde mes plantes une par une, caresse une dernière fois mon chat, crie "bonne nuit!" à ce qui me sert de colocataire avant de me glisser lestement dans mes draps. Un coup de marchand de sable et hop !, fermez la boutique et éteignez les lumières. Rideau. Mes nuits semblent belles, n'est-ce pas ? Elles le seraient assurément s'il n'y avait, tapis dans l'ombre et n'attendant qu'une occasion pour se jeter sur moi, des êtres malfaisants assoiffés de sang, des moustiques. Je dirai même des putains de moustiques, si toutefois on me passe l'expression. Cette satanée engeance sait se faire oublier pour mieux frapper : elle me pique et me repique au front, aux mains, sur toutes les extrémités de mon corps qui auraient la mauvaise idée de dépasser des couvertures. Je me réveille violemment, en me
demandant ce qui a bien pu interrompre mon tête-à-tête
avec Marie Gillain. J'entends alors le bruit, ténu, insidieux,
ce "bzzbzz" presque familier qui caractérise mon agresseur, comme
une signature. C'est un ricanement, un défi lancé par l'insecte
moqueur à l'homme endormi. "Alors, pauvre naïf, tu croyais
vraiment pouvoir te la couler douce dans les bras de Morphée ?
C'était sans compter sur moi et mon appétit de suceur de
sang, bzz bzz", minaude cet avorton ailé. Bzz Bzz bzz. Et bzz. Le petit salaud ! Si c'est la guerre qu'il veut,
il l'aura ! J'allume brusquement la lumière pour aveugler cette
vermine et la surprendre, mais rate totalement mon coup. Ou plutôt,
je le réussis si bien que je n'y vois plus moi-même, des
taches blanches dansant devant mes yeux en une joyeuse farandole. Après
un court instant où je tente de récupérer la vue,
j'arrive enfin à scruter les murs, à la recherche d'un point
noir qui ne serait pas une bourre de poussière. Rien. Je me lève.
Il faut me voir, nu comme un ver et le cheveu en bataille, parcourir les
quatre coins de ma chambre le nez contre la cloison ! J'en rirais si je
n'étais pas tendu comme un piquet. *** bref intermède de violence *** Ça y est, c'est fait. Ma proie gît
stupidement collée au mur, méconnaissable. Je la laisse
dans cette piètre position pour la nuit, ça dissuadera peut-être
ses petits frères de venir casser la croûte sur Bibi. Je
regagne mon lit, un vague sourire aux lèvres, et rentre dans mes
couvertures qui me portent en triomphe. Doucement, les filles... Il faut
se calmer, la nuit est encore longue... |